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Après la tuerie du lycée Johann-Gutenberg, Erfurt cherche à comprendre

• LE MONDE | 29.04.02 | 12h11

• MIS A JOUR LE 29.04.02 | 13h56

Erfurt (thuringe) de notre envoyé spécial

La thérapie sera longue et douloureuse. Pour Erfurt, et encore plus pour ses enfants, adolescents du lycée Johann-Gutenberg qui, deux jours après l'assassinat, dans leur établissement, de treize enseignants, de deux élèves et d'un policier, errent par paire ou par groupe, se tenant la main, cramponnés les uns aux autres. Ils sont partout où l'on parle de leur drame, avides de témoigner en silence, anxieux de montrer qu'ils tiennent le choc, mais pourtant si douloureusement fragiles.

Ils étaient là samedi soir, enlacés et en pleurs, dans la cathédrale où, en présence du chancelier Gerhard Schröder et de son épouse, était célébré un office œcuménique. Ils étaient là dimanche matin, se tenant par la main dans la salle des débats de la mairie, où le bourgmestre expliquait à la presse que ses services avaient mis en place une équipe de vingt-deux psychologues. Certains ont pris la parole, invités à dire ce qu'ils ressentaient. Ils l'ont fait avec un naturel étonnant, mais sans lâcher leur camarade, comme s'il fallait sentir sa présence et mesurer que la douleur restait bien la même.

Dans cette ville de l'est de l'Allemagne, capitale de la Thuringe, on cherche à comprendre. Dimanche, à la mairie, le père d'une élève a gravement dit qu'il était anormal qu'un jeune soit laissé à l'abandon, en situation d'échec scolaire. Tel était le cas de Robert Steinhaüser, 19 ans, le "tueur fou" grandi au sein de la communauté et expulsé du lycée, en février, pour absences répétées camouflées par des certificats médicaux falsifiés. Ses parents semblent avoir ignoré que leur fils ne fréquentait plus l'école. Vendredi matin, armé d'un pistolet Glock 9 mm et d'un fusil à pompe de calibre 12, il a fait comme s'il allait passer les épreuves du bac ; sa mère lui a souhaité bonne chance.

SITE INTERNET

Vingt-cinq enquêteurs tentent de comprendre ce garçon aux traits poupins et inquiétants à la fois, dont toute la presse a publié la photo. Il était inscrit dans deux clubs de tir. Des voisins et d'anciens condisciples ont expliqué qu'il aimait la musique bruyante et jouait sur son ordinateur à des jeux de rôle particulièrement violents. Mais les renseignements de personnalité demeurent contradictoires.

La police a découvert que l'assassin avait sa page personnelle sur un site Internet américain spécialisé ; en une demi-douzaine de feuillets, Robert Steinhaüser, que d'anciens condisciples décrivent comme "réservé", voire "gentil", y expliquait sa passion des armes et sa répulsion des enseignants, volontiers comparés à la Stasi, la police politique de l'ancienne Allemagne communiste. Le texte, cependant, a été retouché après sa mort par une main inconnue. Dimanche matin, la page était encore consultable sur le Net ; dimanche soir, elle avait été remplacée par un court texte expliquant qu'il s'agissait d'un canular de mauvais goût.

"DROIT DANS LES YEUX"

Les enquêteurs ont la certitude que Robert Steinhaüser est entré dans l'école pour massacrer ses anciens professeurs, tués pour la plupart de projectiles en pleine tête, un à un, dans leur classe ou les couloirs. 44 douilles ont été retrouvées. Un professeur semble avoir empêché que le carnage n'aille plus loin. Brusquement placé face au tueur qui venait de retirer sa cagoule noire, Rainer Heise, qui enseigne l'art et l'histoire, l'aurait mis au défi de le tuer "en -le- regardant droit dans les yeux"."C'est suffisant pour aujourd'hui, monsieur", aurait répondu l'ancien élève. Le professeur l'aurait alors poussé vers une classe dont il aurait prestement fermé la porte à clé. Les policiers ont retrouvé Robert Steinhaüser suicidé dans la classe fermée à double tour.

Georges Marion

Une ville commotionnée

En files silencieuses, les habitants d'Erfurt se rassemblent pour signer le livre de condoléances ouvert à l'entrée de la mairie. D'autres se recueillent au commissariat central devant la photo, encadrée de deux bougies, du policier tué alors qu'il tentait d'intervenir. Et ils sont encore plus nombreux à se réunir devant l'école, bâtisse sans grâce au pied de laquelle s'amoncellent des centaines de bouquets et autant de bougies. Samedi, un centre récréatif de la vieille ville annonçait qu'en dépit des circonstances le concert de rock prévu pour le soir était maintenu, mais que la soirée dansante qui devait le suivre était supprimée au profit d'une réunion de discussion. "Nous parlerons entre nous, car dans une telle situation l'échange est vital", annonçait une affichette apposée sur la porte du bâtiment.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.04.02

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