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Un lycéen allemand se livre à une tuerie dans son ancienne école

• LE MONDE | 27.04.02 | 12h01

• MIS A JOUR LE 27.04.02 | 16h28

Berlin de notre correspondant

L'Allemagne n'a balbutié qu'un seul mot : "stupéfaction". "Je suis stupéfait", a dit le chancelier Schröder ; Otto Schily, le ministre de l'intérieur, l'était aussi. Tout comme les responsables politiques. "Stupéfaits", les chefs des partis ; "stupéfait", le ministre-président de Thuringe, Bernhard Vogel ; "stupéfait", le président de la République, Johannes Rau. Tous incrédules devant le bilan de la tuerie perpétrée par un tueur fou, Robert Steinhãuser, un garçon de 19 ans dont Bild publie, samedi 27 avril, le portrait en "une" et qui s'est donné la mort avec un pistolet après l'avoir sauvagement semée au fusil à pompe, dans une école du centre d'Erfurt, dans l'est de l'Allemagne, vendredi, entre 11 heures et midi. Treize professeurs, deux élèves et un policier l'ont précédé dans la mort. Un type d'événement qu'on associait plutôt à l'Amérique où, chroniquement, des adolescents fous tirent sur leurs condisciples.

C'est vers 11 h 05, vendredi, que les services d'urgence de la police d'Erfurt, dans le Land de Thuringe, ont reçu le premier appel. Il émanait du concierge du lycée Johann-Gutenberg, établissement fréquenté par 750 élèves. "Ça tire dans l'école", criait l'homme dans le combiné. Une patrouille de police s'est aussitôt dirigée vers le lycée. Lorsque les policiers ont poussé la porte, ils ont immédiatement été accueillis par une volée de balles. L'un d'entre eux s'est écroulé, mort sur le coup. Il avait 42 ans et, ce jour-là, sa fille fêtait son anniversaire.

Les hommes des unités d'élite sont rapidement arrivés en renfort. Alors que leurs collègues délimitaient autour du bâtiment un périmètre infranchissable, ils pénétraient prudemment dans l'école. De la rue, on pouvait apercevoir, placardée sur une vitre du dernier étage, une feuille de papier où quelqu'un avait écrit "Hilfe" (A l'aide !). Grâce à son téléphone portable, une élève venait de prévenir : durant une épreuve de mathématiques comptant pour le bac, un garçon s'était brusquement dressé, avait crié qu'il ne participerait pas à l'examen, puis s'était mis à tirer. Ceux qui l'avaient pu s'étaient enfuis ; les autres s'étaient réfugiés au dernier étage.

MISE EN SCÈNE

Pendant de longues heures, tout le monde a attendu. Les premières informations faisaient état de trois ou quatre morts, dont une policière, et de deux assassins. Mais, vers 15 heures, des informations plus inquiétantes ont commencé à courir, bientôt confirmées lorsque le chef de la police d'Erfurt, Manfred Grube, s'est adressé à la presse : il y avait en fait 17 morts, dont l'assassin, qui, barricadé au premier étage, s'était suicidé lorsque les policiers avaient progressé dans sa direction.

"Il y a des corps dans les couloirs, dans les salles de classe, dans les toilettes", a expliqué, blafard, le policier, sous le regard anéanti des ministres de la justice et des cultes du Land de Thuringe, qui assistaient à la réunion. "L'assassin est un élève de 19 ans qui avait été renvoyé de l'école l'année dernière, a poursuivi le policier ; il a agi avec un fusil à pompe et une arme de poing avec laquelle il s'est finalement suicidé. Nous continuons à fouiller le bâtiment, mais nous n'avons trouvé aucune trace d'un éventuel deuxième homme."

La fouille des alentours n'a pas donné de meilleurs résultats. Plusieurs élèves ont cependant formellement fait état de deux tireurs. Une jeune fille a aussi expliqué que celui qui était mort était habillé de noir de la tête au pied, portant gants et couvre-chef de même couleur. Une volonté manifeste de mise en scène.

Une ancienne élève de l'établissement, qui connaissait le jeune tueur, a déclaré sur une chaîne de télévision allemande : "Un tel acte ne correspond pas du tout à l'image que j'ai de lui. En classe, il avait souvent des relations difficiles avec ses professeurs, mais il était joyeux, intelligent, et était apprécié de ses camarades." Un jour, il lui aurait dit : "Je veux qu'une fois tout le monde me connaisse."

L'Allemagne, désormais, s'interroge. Sur la sécurité, sur son système scolaire, sur le mal-vivre d'adolescents immatures aux pulsions meurtrières, sur la facilité qu'il y aurait à se procurer des armes. Durant des heures, psychiatres, policiers, sociologues et responsables politiques de toutes tendances se sont succédé devant les caméras pour tenter d'apporter un peu de logique à cette incompréhensible tuerie. Mais comment éclairer l'inexplicable ? "Il faut se demander ce que dit de notre société une telle agressivité", déclarait gravement le ministre de l'intérieur, Otto Schily, qui, sans craindre le saugrenu, en profitait pour affirmer qu'en dépit de meilleurs résultats scolaires apparents le Japon comptait beaucoup plus de suicidés que l'Allemagne. Sur la chaîne voisine, un psychologue de la police tentait de définir ce qu'était réellement un tueur fou ; le professeur de psychiatrie qui l'a remplacé ne s'est guère montré plus pédagogue. "Faut-il installer des portiques de sécurité dans les écoles ?", s'est, un peu plus tard, demandé un journaliste en interrogeant un enseignant.

La presse, unanimement, fait la comparaison avec la tuerie de Littleton, au Colorado, où, en avril 1999, deux adolescents avaient abattu au pistolet mitrailleur douze élèves et un professeur, puis s'étaient donné la mort. Plus récemment, à Freising, en Haute-Bavière, un jeune homme avait tué trois personnes dans un centre scolaire. Puis, comme ses "collègues" américains, il s'était suicidé. Ce n'était qu'en février.

Georges Marion

Les précédents depuis 1996

Mars 1996 : un homme armé fait irruption dans une école primaire de Dunblane, en Ecosse, et tue 16 enfants et leur instituteur avant de se donner la mort.

Avril 1999 : deux élèves du lycée Columbine de Littleton (Etats-Unis) ouvrent le feu sur leurs camarades, tuant 12 d'entre eux et un professeur, avant de retourner leurs armes contre eux.

Novembre 1999 : un élève, âgé de 15 ans, tue un professeur à coups de couteau dans un lycée de Meissen, dans l'est de l'Allemagne.

Mars 2000 : à Brannenburg, en Bavière, un élève de 16 ans d'un lycée privé tire sur un professeur avant de retourner son arme contre lui. L'enseignant succombe à ses blessures.

Septembre 2001 : 14 membres du Parlement et du gouvernement local du canton de Zoug (Suisse) sont tués et une dizaine de personnes blessées, par un déséquilibré qui se donne la mort.

Février 2002 : dans une ville de Bavière proche de Munich, un ancien élève exclu d'une école de commerce tue trois personnes avant de se suicider.

27 mars 2002 : Richard Durn ouvre le feu sur les membres du conseil municipal de Nanterre (Hauts-de-Seine), tuant 8 personnes. - (AFP, Reuters.)

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.04.02

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